Safari : Boubandjida Cameroun. Part° 4

Nous nous installons dans le campement de Paul Bour. Il est étonnamment joli et confortable pour le pays malgré sa localisation presque inaccessible. le lodge se compose d’une grande case servant de restaurant et de bar, entourée d’agréables boukarous tout rond avec douche et Wc, de grands lits confortables, des draps propres, une cuisine simple mais excellente préparée par Maï, du pain fabriqué sur place, de l’eau potable puisé à 45 m, un générateur fonctionnant jusqu’à 10H, un bon feu tous les soirs et de la bière fraîche….rien ne manque. Le lodge a le charme désuet des années 60′ mais tout fonctionne et le tout est joliment décoré par Maï Bour.

Mais surtout il y règne une ambiance « Française » . C’est sur ce point que tout change par rapport à l’Afrique de l’Est et australe.

Ici, l’on ne vient pas pour compléter sa liste ornithologique ou observer les mœurs complexes des animaux rares. Cette culture animalière, très présente chez les britanniques (et dans ses anciennes colonies) est en effet beaucoup moins importante chez les français. A Boubandjida, l’on vient, bien sûr pour la nature sauvage, mais aussi et surtout pour le silence et le calme. Ici, il nous semble que rien ne change. Pourtant nous savons tous que tout cela disparaît peu à peu sous les coups de la croissance démographique, de la modernisation, et du braconnage.

C’est donc dans une bulle de mélancolie, ou le temps présent et l’ailleurs, ne compte plus vraiment que nous avons passé ces quelques jours à Boubandjida. Pas de télé, pas de radio, pas de téléphone, rien, coupé du monde, pénard. Ici, pas de course pour se lever tôt le matin pour être le premier sur les pistes. Pas de repas rapide pour repartir en safari. L’on vit au ralenti, zen. La chaleur, le paysage, le calme, poussent tout le monde à la contemplation. Même faire quelques pas pour aller chercher une bière devient un effort.

Le soir, ça cause beaucoup. Facilité par la langue française, l’on passe les repas et une bonne partie de la nuit à discuter (et à boire) autour de la table, chacun étonné de la présence de l’autre, ici, paumé au fin fond de la brousse camerounaise. Paul Bour, nous raconte ses anecdotes avec les lions, les braconniers, et l’administration locale. Les touristes et nous même relatons les aventures pour arriver là, nos attaches avec le Cameroun et les observations du jours.

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A table, nous rejoint parfois le chef du BIR (force spéciale du président Paul Bya), dont une base se trouve à l’entrée du parc depuis peu. (Le repas doit être meilleur qu’au messe des officiers). Lui, nous parle des braconniers Soudanais surarmés, des fous de boko Haram, des prises d’otages, des combats, des enfants soldats, des kamikazes, des morts. Cela parait si loin, mais tout cela se passe tout près…

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la photo est pas de moi,  j’ai pas osé les photographier…

Le moral de Paul Bour est bas depuis le massacre des éléphants (je vous racontai cela semaine prochaine) et l’avenir est sombre pour le Nord Cameroun, nous sommes conscient d’être dans les derniers à profiter ainsi de la nature dans cette région.

Paul, malgré tout cela, continu à se battre, sans trop d’espoir, trop attaché à son trésor : le parc de Boubandjida. Ancien pisteur dans une zone de chasse avoisinante, il prend la gestion du campement en 2006 suite à la mort de l’ancien gérant, un ami à lui. Il devient l’un des rares (voir le seul) défenseurs de la faune, dans cette  vaste région perdu.

C’est un aventurier ayant, entre autre, défendu arme à la main les éléphants dans le parc de Dzangha Sangha et a Boubandjida, chassant les braconniers, les pasteurs peuls, les orpailleurs, tentant coûte que coûte de protéger ce coin de paradis au risque d’y perdre la vie. Pendant notre séjour, Paul, en compagnie du BIR partira en mission pour déloger 200 orpailleurs dans une partie lointaine du parc. Il en reviendra avec 47 motos, plusieurs arrestations (dont un orpailleur aveugle…?).

Il est un peu fou. Car Boubandjida est un éternel recommencement. Chaque année, après la saison des pluies, tout est à refaire et à nettoyer au lodge.  Il faut imaginer, le Mayo Liddi, ici à sec, dépassant les 10 mètres de profondeur et arrivant au niveau des fenêtres des boukarous apportant boue et branchages partout. Paul, Mai et leur équipe doivent à l’ouverture du campement repeindre l’ensemble du campement, remonter les toitures, et remeubler entièrement le lodge.

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Mayo Liddi à sec

Rien qu’accéder au campement lors de l’ouverture est une véritable épopée pouvant prendre plusieurs jours pour juste 40 km. Paul et son équipe, ensuite, rouvrent les pistes parcourant le parc avec la niveleuse. En 4 jours de safari, nous n’auront pas le temps de profiter de tout le domaine, le parc est tellement immense !!! Nous ne sommes que 8 touristes, pour 220.000 hectares et probablement les seuls blancs à l’Est de Tcholliré sur des centaines de kilomètres.

Le campement fait face au Mayo Liddi, l’un des nombreux mayos du parc. Les animaux s’approchent fréquemment pour profiter d’une petite saline juste en face. Il reste un peu d’eau au pied du campement, la demeure d’un grand crocodile. Les antilopes et les babouins viennent s’y désaltérer à leurs risques et périls.

Deux fois par jours, nous partons en safari, à la recherche de la faune. Les espèces classiques de la brousse africaine sont présente Boubandjida : le lion, le buffle, l’éléphant, la girafe etc.…mais se sont souvent des sous-espèces qui diffèrent par leurs physiques et/ou leurs comportements.

Nos premiers safaris ont pour objectif  l’observation de la girafe de Kordofan et du buffle équinoxial.

La girafe de Kordofan (Giraffa camelopardalis antiquorum) est une des 9 sous-espèces de girafes, on la trouve principalement au Tchad ( 2000 individus à Zakouma), en RCA et au Nord Cameroun. La majeure partie de la population camerounaise vie dans l’extrême nord, dans le parc de Waza avec environ 600 têtes (la population a été divisée par trois depuis les années 60’). A Boubandjida les girafes sont rares, le relief et la végétation n’étant pas propices à cette espèce, mais depuis quelques années la population a augmenté passant d’une dizaine d’individus à plus d’une quarantaine. Paul Bour ne se l’explique pas.

Pendant longtemps les experts ont considéré que les girafes du Cameroun appartenaient à la sous-espèce du Niger nommée Peralta, avant que des analyses génétiques récentes les classes dans la sous-espèce de Kordofan. Le nom Kordofan provient de la province Kordofan au Nord Soudan. En 1826, le Pacha d’Egypte, Méhémet-Ali offrit une girafe au roi de France, Charles X. C’était la première fois qu’une girafe vivante venait en France. Le transport d’un animal de cette envergure fut une incroyable épopée. En 1824, la jeune girafe fut capturée au Soudan dans le désert de Kordofan, transportée d’abord à dos de dromadaire, ensuite par bateau pour traverser la Méditerranée. En 1827, la girafe entama une longue marche de 41 jours de Marseille à Paris. Elle produisit un enthousiasme partout où elle passa, jusqu’à Paris où 600 000 visiteurs vinrent la voir à la Ménagerie durant l’été 1827. En France, on parla de girafomania. Aujourd’hui, de nombreuses traces de cette épopée perdurent etun joli film d’animation français a même été réalisé sur le sujet en 2012. La girafe vécut 18 ans à la Ménagerie. Longtemps après sa mort, elle fut surnommée Zarafa, le mot d’origine arabe signifiant girafe.

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La girafe de Kordofan est plus petite que la girafe Maasai, elle est blanche avec des tâches marron irrégulières descendant jusque sur les jambes, personnellement je la trouve très belle. Il  nous faudra peu de temps pour tomber sur un beau troupeau pas très farouche. L’on voit toujours autant d’antilopes partout.

Le buffle équinoxial quant à lui, n’est ni le plus petit, ni le plus imposant des buffles africains. Moins massif que le Caffer d’Afrique de l’est, mais bien plus gros que le buffle nain des forêts d’Afrique central, c’est un trophée de chasse « sportive » très recherché. L’on trouve ce type de buffle principalement en RDC, au nord Cameroun et au sud du Tchad.  Son poids peut atteindre 850 à 900 kilos pour une hauteur au garrot comprise entre 120 et 140 cm. Concernant la robe, le buffle équinoxial est sujet à de nombreuses variantes, ainsi il est possible d’en croiser des gris-noir comme des rouge- marron, mais dans tous les cas il sera moins noir que lebuffle Caffer. Le cornage est plus petit, plus lisse et particulièrement ouvert.

buffle

Les troupeaux ne dépassent que rarement les 70 individus contrairement aux buffles Caffers qui peuvent se rassembler à plus de 200. Les mâles peuvent être solitaires ou en petits groupes de 2 à 6 têtes. Selon les chasseurs rencontrés, il est le plus agressif des buffles d’Afrique. En 1986, 90% de la population de buffles du Nord Cameroun a été décimée par le virus de la peste bovine transmis par les troupeaux de zébus des pasteurs peuls  fuyant la guerre au Tchad.

Depuis, la population se reconstitue peu à peu, on estime qu’elle atteint dans le parc et les zones cynégétiques près 1000 têtes. Nous n’aurons pas, contrairement aux autres touristes la chance d’observer un grand troupeau. Il fait très chaud (40°) et les buffles se retirent dans les montagnes où les pistes sont plus rares. Nous croiserons néanmoins à plusieurs reprises de grands mâles solitaires, difficile à photographier car très craintif, sans doute à cause de la chasse.

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Troupeau photo Paul Bour

Quelques mots sur la disparition du rhinocéros noir de l’ouest (Diceros bicornis longipes). Durant 4 mois en  2006,  Paul Bour, les vétérinaires Isabelle & Jean-François Lagrot et leurs équipes ont parcouru l’aire de répartition de Diceros bicornis longipes afin d’évaluer le statut de la population relique de cette sous-espèce. Plus de 46 missions de terrain ont été effectuées sur l’ensemble du territoire qui s’étend du Parc National de Faro, à l’Ouest au Parc National de Boubandjida, à l’Est. Plus de 2500 kilomètres de marche ont été comptabilisés. La mission a été marquée par la venue d’un pisteur du Zimbabwe, Jackson Kamwi, expert en suivi de rhinocéros qui a inspecté durant un mois 11 sites différents. Basées sur les données historiques, sur les résultats des missions passées, sur les informations recueillies auprès d’un réseau villageois et sur les renseignements fournis par les guides de chasse, les recherches entamées tout au long de la saison sèche ont donné les résultats suivants : Au 1er juin 2006, aucun indice fiable ne permet de croire à la survie d’un seul individu sur l’aire de répartition historique de Diceros bicornis longipes.

L’effectif d’une trentaine d’individus avancé 2 ans plus tôt reposait sur de faux indices. Il résultait d’une falsification des traces par certains pisteurs recrutés qui souhaitaient prolonger la mission et le salaire allant avec. La méthode et les résultats de cette étude sont entérinés par le Groupe de Spécialistes des Rhinocéros Africains de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature. Le statut officiel du rhinocéros noir de l’ouest passe en 2001 de « en danger critique d’extinction », avec un effectif de 5 individus confirmés à « probablement éteint ».

Photo de 1977 rhinocéros à Boubandjida

Au début du 20ème siècle, le rhinocéros noirs de l’Ouest (Diceros bicornis longipes) est extrêmement commun, « Il n’était guère de contrée au Tchad où ces animaux ne fussent abondants ». Mais à la suite des massacres qui en ont été perpétrés entre 1920 et 1932, et à la hausse du braconnage par la suite, ils étaient déjà considérés comme étant en voie de disparition en 1952.

Quelques dates  :
•   1970 : 650 rhinocéros peuplent encore le Cameroun et autant en R.C.A 400 au Tchad
•   1984 Extinction du rhinocéros noir en R.C.A.
•   1986  Extinction du rhinocéros noir au Tchad
•   1990, il reste 50 individus au nord Cameroun
•    35 en 1992
•    27 en 1994
•   10 individus en 1997 (dernières photos d’une rhino vivante nommé Sopen braconnée quelques mois plus tard)
•    7 individus confirmés en 1998
•    5 individus confirmés en 2001
•   2006 aucune trace du Diceros bicornis longipes

  • La sous espèce est déclarée éteinte le 11 novembre 2011

Le dernier rhinocéros a sans doute été braconné dans une zone de chasse proche de Boubandjida. Aucune action concrète n’a été menée au niveau national ou international pour sauver l’espèce durant toute cette période.

Jamais un rhinocéros ne retraversera le mayo Liddi face au campement.

La suite semaine prochaine.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Bonjour Bud,
    C’est un safari à épisodes ! Et avec des infos très documentées, comme toujours.
    Mais avec le sentiment que la faune là-bas est en sursis… Quelle tristesse une fois de plus.

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    1. budpumba dit :

      Salut Sophie, oui c’est à épisodes. Reste 2 a boubandjida. L’un sur les éléphants, les singes et les oiseaux et l’autre sur les lions et l’éland de Derby. Enfin un dernier pour conclure sur le départ, la traversée de la Bénoué avec les hippos et quelques mots sur la Mefou près de Yaoundé, parc de réhabilitation des gorilles et chimpanzés. J’espère que tout cela te plaira. Concernant les lions de tsavo j’ai presque fini la 1ère partie ça match bien avec les tiennes, je te ferai lire dès la finalisation. Enfin oui hélas oui la faune est en sursis voir même pire. La prochaine partie est terriblement triste.

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