Safari Boubandjida Cameroun part° 6 et fin

Notre pisteur est perplexe, il a trouvé le lion, les éléphants, les buffles mais pas moyen de mettre la main sur un Eland de Derby. … pourtant ils sont nombreux dans le parc, toujours en troupeau de 10 à 40 têtes dirigé par une femelle âgée. Même si l’estimation du nombre d’individu de cette timide et insaisissable antilope reste difficile, Paul considère que la population est d’environ 500 têtes dans le parc.

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Phacochères, encore et encore…

Pour les trouver nous circulons dans des zones bien spécifiques : les forêts claires d’isoberlinia doka dont les élands sont friands.  C’est assez frustrant, car ces buissons aux feuilles vert pomme ont tous la même taille et semble avoir été plantés sur des kilomètres les uns à côté des autres comme dans un potager. Nous repérons régulièrement les sentiers pris par les antilopes de Derby, c’est très facile, les branches sont cassées, des feuilles sont à terre. Elles font presque autant de dégâts que des éléphants. Au bord de la piste, nous découvrons un feu de camp encore fumant… celui d’un braconnier, des intestins d’antilopes gisent sur le sol.

C’est du braconnage local, nous ne nous attardons pas.  C’est une défaite pour Paul mais c’est aussi le symbole d’un de ses succès. En effet, les braconniers ne peuvent plus boucaner la viande sur place (c’est à dire la fumer). Celle-ci pèse donc 3 fois plus lourd, et réduit considérablement la quantité de bêtes abattues.

Les kilomètres s’accumulent, nous croisons toutes les espèces d’antilopes, des girafes, des buffles, mais TOUJOURS PAS D’ELANDS !! Soudain le 4X4 stop. «  là regarde » me dit le pisteur !!! Je cherche, je cherche, rien que des bubales… Non, ce ne sont pas des bubales mais des damalisques (Damaliscus) me dis le pisteur fier de lui. C’est l’espèce d’antilope la plus rare de la région et du parc, moins d’une centaine d’individus. Boubandjida est au bout de leur aire de répartition.

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damalisques (Damaliscus)

Déception. Le soleil se couche, nous rentrons au campement, il ne reste plus qu’une demie journée pour les trouver. J’y crois de moins en moins. Ni les galagos éblouis par les phares dans la nuit, ni les porcs épics nous bloquant la piste ne me remonte le moral.

Finalement le jour du départ, nous trouverons les élands. L’éland de Derby (Taurotragus derbianus) est donc la plus grande antilope d’Afrique, son nom provient du mélange de trois mots : taureau (tauros), bouc (tragos) et enfin derby, de Edward Smith-Stanley, 13ème comte de Derby qui fit venir le premier couple d’éland en Angleterre en 1835. Un peu plus grande que l’éland commun, elle est appelée éland géant surtout à cause de ses cornes beaucoup plus longues. Le record de trophée de chasse est de 123,8cm, alors que le record pour l’éland commun dépasse à peine les 1 mètre.

Il existe deux sous-espèces de l’éland géant : Le Taurotragus derbianus derbianus, que l’on ne trouve plus qu’au Sénégal et le Taurotragus derbianus gigas qui se trouve en Centre Afrique, au Tchad et bien sûr dans le nord du Cameroun.

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C’est un animal lourd proche de la tonne, elle semble encore plus grande qu’elle ne l’est grâce à ses cornes pointant vers le ciel. Son pelage gris beige est rayé verticalement de 12 fines rayures blanches. Le fanon sous la gorge des mâles est caractéristique et commence au menton, il est particulièrement grand en période de rut. C’est une antilope, intelligente, silencieuse, et très craintive, parcourant de 30 à 50 km par jour et pouvant courir à 70km/h. Sa viande est, je dois l’admettre, absolument délicieuse.

Le dimorphisme entre les mâles et les femelles  s’observe par des cornes plus épaisses et plus longues chez le mâle que chez la femelle et une conformation en lyre chez le mâle et en V chez la femelle.

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Une belle photo de Paul Bour

Notre safari à Boubandjida s’achève, 4 jours c’est court, mais nous avons observé toute la faune que nous souhaitions voir à l’exception des léopards. Rien de grave, juste une bonne raison de revenir un jour. Le temps est venu pour les adieux à nos collègues de safari, à nos pisteurs, et à Paul et Mai Bour.

Notre magnifique séjour à Boubandjida s’achève et nous avons peu de regrets malgré les nombreuses espèces qui auront manqué à nos observations. Je me permets ici de mettre quelques photos de Paul Bour pour illustrer la faune du Parc que je n’ai pas eu la chance de voir durant les 4 jours. Nous avons raté les damans, les léopards, les hylochères, le caracal, serval, chat sauvages, le varan du Nil, les hyènes, oryctérope….

Les lycaons comme les guépards ont quant à eux à priori disparu, pourtant le nord Cameroun était une des régions d’Afrique ou ils étaient très présent. Le parc de la Bénoué était même réputé dans les années 60′ pour ses très grandes meutes de lycaons.

lycaons dans le parc Bénoué dans les années 70′

L’autruche, si elle est encore présente à Waza, plus au nord,  a disparu de Boubandjida depuis longtemps. Elle était pourtant le 1er emblème du parc dans les années 60. Une tentative de réintroduction a eu lieu il y a 5 ans dans la partie Tchadienne du parc (Sena Oura). Echec, les pauvres bêtes sont mortes de soif durant le transport depuis Njamena.…

Autruche lors de mon séjour au parc WAZA en 2006

La tortue terrestre (Centrochelys Sulcata) a elle aussi disparu en raison de la pression humaine. Le zoo de Limbé a offert deux individus à Paul pour débuter un élevage. Échec, se sont deux mâles…..

Nous saluons nos amis retraités, remercions Paul et Mai pour leur accueil et leur courage et prenons la route.  L’ambiance du campement va nous manquer, c’est sûr. Si l’absence totale de moyen de communication avec l’extérieur est un réel luxe pour moi qui suis le reste de l’année accroché à mon portable, au bout de quelques jours, cela commençait quand même à me stresser n’ayant aucune nouvelle de ma femme et de mon bébé…. (et vice versa).

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nous observerons encore pleins d’antilopes, de girafes et un buffle, mais peu à peu la civilisation reprend ses droits. Nous croisons les premiers pasteurs peuls avec leurs zébus à peine sortie de Boubandjida.  Puis les champs de coton prennent la place de la brousse et les premiers villages apparaissent.

Nous avons 6 heures de 4X4 à faire pour rejoindre l’aéroport de Garoua, où nous espérons prendre notre avion. La route vers Garoua traverse après quelques heures le parc national de la Bénoué.  Ce parc était très couru dans les années 70/ 80, facile d’accès, à seulement 3 heures de route goudronnée, c’était un lieu de villégiature des expatriés principalement Français qui y venaient nombreux pour observer la faune et pêcher dans le fleuve Bénoué. A l’époque 3 campements existaient : Bel Eland, Grand Capitaine et Buffle noir.

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Traversée du fleuve Bénoué

Mais aujourd’hui, tout cela est fini. Le parc est à l’abandon. Les Mayos que nous traversons sont laissés aux orpailleurs que nous observons partout, le braconnage à explosé, la faune à presque disparu,  seuls des grands troupeaux de zébus appartenant pasteurs Bororos se baladent deci delà. Les campements sont en ruinent, il ne reste que celui du buffle noir qui est encore en activité mais dans des conditions d’hygiène limité.

Nous nous  arrêterons néanmoins dans le parc pour voir la «Mare aux hippos ». Les hippopotames sont là, une petite vingtaine de bêtes se reposent. L’animal est dangereux, les braconniers évitent de les attaquer, mais la population d’hippos dans le Nord du Cameroun a néanmoins énormément diminué. (Il n’y a jamais eu d’hippos à Boubandjida, les mayos n’étant pas permanents).

Nous faisons un second stop au campement du  «Grand Capitaine», il est en ruine, il ne reste qu’un vieux gardien édenté et de la taule rouillée. Mais la vue de la terrasse sur le fleuve Bénoué est extraordinaire ! C’est sans conteste l’un des plus beaux panoramas du nord du Cameroun.

Nous atteindrons sans encombre Garoua et notre avion n’aura que 6 heure de retard, un détail…le séjour fut extraordinaire.

Durant ce séjour, j’aurais rencontré des individus qui depuis de nombreuses années sont amoureux fou de ce coin de l’Afrique, Paul Bour, les pisteurs, les guides, les chasseurs etc…. Tous, sans exception, avaient le regard terriblement triste. Difficile pour ceux qui ont connu la faune du nord Cameroun  20/ 30 ans plus tôt d’accepter de voir ce trésor de l’ouest africain disparaître peu à peu sous leurs yeux.

                                          FIN

                                 BUD PUMBA (J’espère que ce fidèle récit vous a plu)

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NB :

  • Je vous ferai un petit point prochainement sur notre passage au parc de réhabilitation des gorilles de la Mefou. Mais je ne souhaite pas mélanger les deux parcs et les deux canets.
  • Je suis à votre disposition pour plus renseignements si vous souhaitez vous rendre à Boubandjida. Paul Bour comme le campement sont toujours en activité. La sécurité y est assuré. Paul et Mai ont à présent deux jeunes enfants, et vivent sur place !!. ils continuent malgré toutes les difficultés à défendre la faune unique de cette région.
  • Les dernière nouvelles animalières sont plutôt bonnes : Quelques éléphants sont de retour et sont suivis par IFAW. Les lions comme les hyènes sont de plus en plus nombreux (probablement plus de 90 lions), la dernière étude est parue il y a quelques jours ICI, Il en ressort que Boubandjida est capital pour la sauvegarde de ces espèces en Afrique de l’Ouest et Centrale.  Pour l’éland de Derby, Boubandjida est aujourd’hui aussi primordial, comme indiqué dans mon article ICI.

Quelques liens :

ce voyage m’aura appris que l’on peut faire entrer deux buffles vivants dans une voiture…

6 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Jey, le barbu dit :

    Ton NB remonte un peu le moral, car la fin de ton article n’est pas des plus joyeuses. Je suis content de savoir que les dernières nouvelles sont positives, même si je suppose qu’il y a encore beaucoup de boulot.

    En tout cas, super récit. J’attends ton prochain compte rendu avec impatience !

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  2. Salut Bud,
    Belle étape, à épisodes. C’est vraiment dommage qu’un pays tel que le Cameroun n’ait pas su ou pu conserver ce patrimoine faunique… Étonnant, cet éland de Derby.
    En tout cas j’ai découvert quelque chose : les phacochères volent…!
    Passe un joyeux Noël avec ta petite famille.
    La Girafe

    Aimé par 1 personne

    1. budpumba dit :

      Merci bonnes fêtes à toi la girafe !

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  3. Alors comme ça le porc épic ne te remonte pas le moral. Et ton meilleur pote il t’a pas fait des guilis?

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  4. Sinon très bon récit. Perso, j’aurais été vert de pas avoir vu le léopard. Les félins sont plus intéressants que des herbivores vegan.

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  5. Enfin, sympa la photo du suricate bondissant. Ce petit rongeur vivant en collectivité. Le gauchiste des ro geurs

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