Peter Beard, photographe écartelé

21/06/16
Peter Beard. J’aurai dû commencer ce blog par lui, mais voila, cet homme, son histoire, son oeuvre sont si importantes à mes yeux que je n’avais jusqu’à maintenant pas osé l’aborder. J’ai découvert l’oeuvre de Peter Beard vers 13 ans lors de mon premier voyage en Kenya, j’en ai retenu la force des clichés, l’intérêt des carnets de voyages, du collage. Si j’aime aujourd’hui l’Afrique c’est un peu grâce à lui, si j’aime la photographie aussi.  Avec les années, j’ai appris à connaitre l’histoire de l’homme, fantasque, fascinant, et à comprendre son oeuvre protéiforme.
Cette dernière est à son image : Écartelé entre l’Afrique sauvage et le monde occidental, entre la vison idyllique des espaces naturels et sa sombre destruction par l’industrialisation,  entre une représentation naturaliste de la photo, et une conception contemporaine de l’art. Peter Beard, un explorateur ou un dandy, il n’a jamais fait son choix et préfère vivre les deux à la fois. Un « Tarzan moderne » disait de lui Andy Warhol.
Peter Beard est né en 1938 à New York, il est issu d’une riche famille Américaine. Après des études en histoire de l’art à l’université de Yale, il découvre l’Afrique du Sud en 1955 à l’âge de 17 ans. C’est durant ce voyage qu’il lit le célèbre livre de Karen Blixen « La Ferme Africaine » dont est tiré le film Out of Africa. Enthousiasmé par l’ouvrage il décide de la rencontrer au Danemark et deviendra un de ces proches amis.
Il achète en 1962 une petite propriété au Kenya, le « Hog ranch », juste à l’extérieur de la ville de Nairobi et proches des monts Ngong, à coté de l’ancienne exploitation de café de Karen Blixen. Après deux ans à étudier la population d’éléphants et de rhinocéros pour le gouvernement Kenyan, Peter Beard publie un premier livre  La fin d’un monde ICI (End of the Game), que je vous conseil vivement de vous procurer. C’est un ouvrage violant et désespéré sur la famine et le braconnage qui sévissait alors dans le parc national de Tsavo et les parcs d’Ouganda durant les années 1960 et 1970. Ses propres textes et photos sont complétés par des photographies historiques et des écrits d’explorateurs, de missionnaires et de chasseurs de gros gibier comme Theodore Roosevelt, Frederick Courteney Selous, Karen Blixen, ou Ernest Hemingway.
Ce livre va lui permettre de rencontrer Francis Bacon à New York, et rapidement il devient une figure du milieu Dandy de la Grosse Pomme. Il passe une partie de son temps dans les salons mondains;  On le retrouve ainsi régulièrement dans la célèbre boite de nuit Studio 54, à la Factory d’Andy Warhol, dans l’atelier de Salvador Dali, au café avec Truman Capote, dans les bars avec Mick Jagger ou donnant des cours de photographie à Jackie Onassis. Sa vie se partage entre les nuits folles de New York et la quiétude de ses séjours au Kenya.
Si Peter Beard est célèbre c’est pour ces carnets qu’il tient depuis ses premières années en Afrique. C’est un assemblages de photos, textes, articles, dessins, sang, et matière divers qui couvrent des milliers pages et qui peu à peu se sont transformés en œuvres d’art. Une oeuvre effrayante et titanesque. Ses rencontres exercent une influence considérable sur son travail artistique. La destructuration chère à Warhol, l’ironie de Capote ou la folie des Stones : ses carnets sont tout cela à la fois. Mais toujours avec la nature et sa destruction au centre de sa création.
Aimant les femmes, toujours entouré par de jeunes nymphes, à New York comme au Hog Ranch, il se transforme en photographe de mode. Il emmène des stars de Vogue au Botswana, et réalise le célèbre calendrier 2009 de Pirelli au Kenya.
Fantasque, joueur, aimant l’alcool, la drogue, les femmes, les stars, il se dit ruiné. Pourtant ses œuvres se vendent de petites fortunes et sont très recherchés. Sa vie est folle,  je ne peux pas la résumer ici. Elle mêle : divorces, quasi mort sous la charge d’un éléphant ICI, incendie de sa maison, prison, tentative d’assassinat, perte de tous ses carnets et de ses tableaux de Picasso et Bacon, procès, et propos outranciers.
Aujourd’hui à 78 ans, Peter Beard, qui partage sa vie avec sa femme et sa fille,  entre sa propriété de New York et son ranch du Kenya, continue d’écrire,  de photographier, de peindre, et de découper des articles de presse. L’artiste poursuit son oeuvre, il projette de sortir un nouveau livre que l’on attend depuis 2012.

Peter Beard, visionnaire, a montré dès 1965, la destruction de la faune et de la nature en Afrique. Son oeuvre restera comme l’image d’un monde magnifique en cour de destruction, son talent en a fait une oeuvre moderne et intemporel.

Son catalogue chez TASCHEN  ICI Excellent article de VanityFair en 1996 :ICI

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