Les mutants de la savane

30/07/16

J’ai toujours aimé les animaux sauvages bizarres. Vous l’avez sans doute déjà remarqué si vous vous êtes baladé sur mon blog. Je me rappelle encore de mon premier buffle aux cornes de travers lors d’un safari au Kenya ou de mon premier éléphant « Big Tusker » en Afrique du Sud. A force de voyages en Afrique, je suis un peu (un tout petit peu…) blasé, et je rêve comme beaucoup d’amoureux de la faune sauvage de rencontrer au hasard d’un safari,  un guépard royal, un lion blanc, ou une antilope à la couleur excentrique.

Je ne suis pas le seul a en rêver, les chasseurs de trophées aussi, et l’industrie de la chasse sportive en Afrique du Sud l’a très bien compris. Je ne vais pas ouvrir ici un débat sur la chasse et son rôle, positif ou non, sur la conservation des espèces. Je ne suis pas chasseur, pas Sud Africain, pas conservateur, je laisse cela aux experts. Je vais juste vous parler de magnifiques animaux « mutants » comme le gnou doré ou l’impala noir.

La loi en Afrique du Sud a, en effet, récemment changé. Le ministre de l’Agriculture a ajouté douze espèces à la liste des animaux domestiqués : Le Gnou noir, le gnou bleu, le céphalophe bleu, le damalisque à front blanc, l’oryx, l’impala, Oribi, le bubale, l’hippotrague Rouanne, l’hippotrague noir, le springbok et le damalisque commun. Ils sont à présent tous réglementés par la loi sur l’amélioration des animaux. La même que pour les vaches ou les moutons…Et les propriétaires de réserves de chasse n’ont pas attendu la loi pour commencer à améliorer leurs cheptels d’animaux sauvages.

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TROUPEAU D’IMPALAS NOIR

La taille (cornes, défenses, crinières…) a depuis toujours été le saint Graal pour les chasseurs. Les plus gros buffles, koudous, etc… étaient choisis depuis longtemps par les éleveurs pour la reproduction afin d’obtenir les plus beaux trophées dans leurs fermes. A partir du début des années 90, une nouvelle mode est apparue, la chasse aux animaux ayant des coloris particuliers provenant de rares mutations génétiques. Le plus célèbre de ses mutants appelés « splits » est le Gnou doré.

Un gnou ce n’est pas très beau, et il n’est pas un trophée de prestige pour les chasseurs. Le gnou « bleu » est dans 99,9% des cas gris avec une crinière noire. Mais dans la région du Limpopo à la frontière avec le Zimbabwe, dès les années 20, l’on parle de très rares « Wildebeest Vos » ou gnous dorés. Ils resteront à l’état de mythe encore 70 ans (de rares observations) avant qu’un éleveur, Barry York, en attrape un en 1991. 25 ans plus tard, l’on en compte plus de 1500 dans les ranchs privés de chasse en Afrique du Sud.

Ils ont été sélectionnés, accouplés et élevés spécialement pour leur coloration inhabituelle, car ils sont très convoités par les chasseurs, prêts à débourser jusqu’à 50.000 dollars pour abattre un beau gnou doré comme les blés. C’est 100 fois le tarif d’un gnou commun et près de deux fois le prix d’un lion. Fort de ses résultats, les éleveurs se sont mis à multiplier les coloris. A présent l’on se retrouve avec le « Golden Wildebeest » (gnou doré) mais aussi le gnou « Royal », et le « King » gnou dans les réserves de chasse d’Afrique du Sud.

Et ils ne se sont pas arrêtés la. les éleveurs se mettent à faire la même chose avec l’ensemble des espèces citées plus haut alors même que les colorations inhabituelles sont toutes extrêmement rares dans la nature. A partir de ses rares animaux à la coloration particulière, des troupeaux entier de koudous blancs, d’impalas noirs, de springboks cafés sont produits par élevage sélectif pour la chasse sportive. A présent, chaque année ou presque voit un nouveau « mutant » arriver sur le marché très lucratif de la chasse sportive.

Sans entrer dans un débat sans fin, l’on peut tout de même s’inquiéter de cette mise en avant de caractères rares pour ses espèces. Par exemple, le damalisque à front blanc dont 97% de la population n’est présente que dans des ranchs privées risque de voir se réduire sa diversité génétique.  L’on peut aussi craindre à l’avenir des croisements ou des manipulations génétiques pour obtenir des animaux encore plus originaux. De plus, ses animaux n’ont aucun intérêt en terme de conservation, ils sont juste des mutants n’ayant aucune utilité pour la survie de l’espèce sur le long terme. Enfin certains sont sujets à des maladies ou à des problèmes de santé, en raison de la faible diversité de leur patrimoine génétique (les impalas noirs ont des insolations…). Dans la plupart des cas ses mutants ne survivraient pas dans un espace complètement sauvage.

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Damalisque blanc et damalisque « white saddleback » : deux mutants

Il existe environ 9000 ranchs privés en Afrique du Sud couvrant 170.000 km², pour un total d’environ 15 millions d’animaux sauvages (les chiffres varient entre 6 et 20 millions…). La chasse génère 164 millions de dollars chaque année, sans compter la production de viande et les autres revenus indirects. Près de 65.000 personnes travaillent pour la chasse. Le lion, le buffle et le rhinocéros blanc sont les 3 espèces générant le plus de revenus dans cette industrie. Mais la chasse aux « mutants »  augmente chaque année. En 2015, 3 damalisques à bande blanche (white saddleback) ont été vendus 830.000 euros.

Aucune observation de gnou doré n’a été signalé dans un parc national depuis les années 70.

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5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Ces animaux sont magnifiques… mais je ne comprends pas l’intérêt. Où est l’intérêt de voir ou chasser un animal comme ceux là s’ils sont issus d’une ferme d’élevage? Ca enlève tout le charme… Je préfère largement chercher (en vain) un hypothétique individu particulier, quitte à rentrer bredouille, que d’aller voir un animal d’élevage, si beau soit il !

    Aimé par 1 personne

    1. budpumba dit :

      complètement d’accord avec toi, ensuite je suis pas collectionneur de trophées de chasse. Il semble que certains soient capables de payer des sommes astronomique pour cela.

      Aimé par 1 personne

      1. Sans parler de l’argent, chercher et trouver par soi même… il n’y a rien de plus gratifiant. Quel plaisir de galérer ! Plus c’est difficile et long, et plus le degré de satisfaction est élevé quand l’objectif est atteint !

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  2. budpumba dit :

    A ce propos il y a bien pire encore (c’est tellement lamentable que je n’en parlerai sans doute pas sur mon blog) : la chasse des lions en boite. Un bon article à ce sujet :
    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1148754-lions-chasses-en-boites-une-pratique-idiote-et-lucrative-qu-il-faut-interdire.html

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