KRUGER : La difficile gestion d’un parc géant

17/09/16

Le parc national Kruger en Afrique du Sud (AFS) est un bijou. Il est l’un des plus grands parcs d’Afrique avec une surface supérieure à 20.000km² (2 X la Corse !), l’un des plus anciens (1926), et plus d’un million de visiteurs du monde entier viennent s’émerveiller devant ses paysages, sa faune, et sa flore. Le Parc Kruger abrite 147 espèces de mammifères, notamment les fameux Big 5 ainsi que près de 500 espèces d’oiseaux.

Sanparks est l’organisme qui gère les parcs nationaux d’AFS. Avant de commencer cet article et d’exposer les problèmes actuels, je souhaitais saluer son travail. Quiconque a eu la chance de voyager dans le Kruger y a vu un parc excellemment bien géré. C’est un exemple et un objectif pour l’ensemble des parcs nationaux d’Afrique. Infrastructures routière, hôtellerie, protection de la faune, gestion des touristes, études scientifiques, tout est fait pour mettre en valeur et pérenniser le parc.

Pourtant, le Kruger connait actuellement plusieurs crises et les réponses données par Sanparks ne font pas toujours l’unanimité auprès du public et même des experts.

La plus célèbre des crises que connaît le parc est celle du braconnage des rhinocéros. Le Kruger est la maison de la plus grande population de rhinocéros d’Afrique, près de 9400. Mais chaque année environ 600 d’entre eux sont abattus depuis la reprise du braconnage en 2010, au point que le nombre de décès excède le nombre de naissances. Pour le moment SanParks n’a pas trouvé la solution pour stopper ce carnage. Néanmoins, cette année, une légère baisse se fait sentir. Entre janvier et septembre, 458 carcasses de rhinocéros braconnés ont été trouvées, soit une baisse de 17% par rapport à l’année  précédente. C’est hélas encore beaucoup trop.

braconnage-rhinoceros-kruger

Le parc Kruger possède aussi environ 19000 éléphants, une population en constante augmentation depuis 15 ans. Un problème de sur-population se pose depuis quelques années causant des dégâts sur la végétation dans plusieurs secteur du parc. Les réponses de Sanparks sont timides face à ce défi. De plus, une crise du braconnage des éléphants semble débuter : 37 cadavres d’éléphants ont été découverts depuis le début de l’année, un record depuis bien longtemps. La aussi SanParks a du mal à réagir avec la vigueur nécessaire. Un problème, ne répondant jamais à un autre problème, Sanparks doit agir vite et fort pour protéger ses magnifiques éléphants ainsi que la végétation du Kruger.

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Mais la crise la plus grave que connaît le parc en ce moment est la terrible sécheresse qui touche l’ensemble de l’Afrique australe depuis 2 ans en raison du phénomène El Nino. Cette année est la plus sèche en Afrique du Sud depuis que les températures sont enregistrées en 1904. La production de maïs est en baisse de 25% et le cheptel bovin réduit de 15%.

Dans le parc, les mares et les petits cours d’eaux sont à secs. L’herbe manque pour les animaux brouteurs.Les points d’eaux restant sont surpeuplés d’hippopotames, et déjà quelques cadavres d’animaux morts de soif ou de faim ont été retrouvés dans la partie centrale de la réserve (Satara). Pour limiter la pénurie, Sanparks a débuté l’abattage d’environ 300 buffles et d’une centaine d’hippopotames (chiffres officieux). La viande sera distribuée dans les communautés environnantes, elles aussi impactées par la sécheresse.

La dernière sécheresse, dans les années 1990, avait provoqué la mort de la moitié des buffles et des deux tiers des hippopotames .Mais depuis, les buffles comme les hippopotames se sont multipliés atteignant respectivement 47.000 et 8000 individus, un record pour le Kruger.

La sécheresse actuelle risquant de se poursuivre selon les météorologues, Sanparks a donc décidé d’abattre des animaux (« prélever » est le mot utilisé).  Ce prélèvement atteindra au maximum 4% de la population de ses deux espèces.

Les raisons de cette décision sont multiples : la concentration des hippopotames pollue l’eau risquant de provoquer des épidémies. La réduction du nombre de buffles permettra d’aider d’autres espèces de brouteurs. Les cadavres des animaux morts de faim risquent de transmettre des maladies. Ses animaux vont mourir dans tous les cas, autant aider les communautés voisines. Et les touristes ne souhaitent pas voir des animaux squelettiques.

La décision de Sanparks fait grincer des dents. Pour les tenants de la non intervention l’abattage d’animaux sauvages n’est pas une mission pour un gestionnaire de parc national et la réouverture de l’abattoir de Skukuza rappel de bien mauvais souvenir : il est devenu tristement célèbre suite aux abattages réguliers d’éléphants ayant été pratiqués jusqu’à 1994 pour réduire leur population jugé trop nombreuse. Enfin, toujours pour les non interventionnistes, la sécheresse fait partie du cycle normal de l’écosystème du Kruger et l’homme n’a pas à s’en mêler.

La grande question que soulèvent ses crises est de savoir où commence et où s’arrête la mission de gestion d’un écosystème aussi grand que le parc national Kruger. Est-il un espace « sauvage » ou un parc « naturel« . Les deux avis sont respectables, mais les actions en découlant sont très différentes.

Je n’ai pas la réponse à cette question, mais je vous invite à lire les avis opposés du très respecté écologiste Ian McDonald ICI et celui de la non moins remarquable organisation gouvernementale Sanparks ICI.

Les esprits s’échauffent sur les forums et les réseaux sociaux, espérons que la pluie tombe rapidement…

  • Sanparks : ICI
  • photographie en Une par Franz Lanting  wildlife photographer ICI

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