Les fantômes de la forêt de l’Ituri

23/10/16

Le 18 octobre a été célébrée la première journée mondiale de l’okapi ( okapis johnstoni ) ou « World okapi day » . Cette manifestation permet de parler de cette espèce méconnue et de soulever des fonds pour sa protection. Ma contribution se limitera à vous raconter la grande histoire de la très inhospitalière forêt d’Ituri et de la réserve de faune à okapi, au nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) où se cache cet insaisissable animal.

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distribution de l’Okapi

Pour commencer cette histoire il faut revenir au temps de la « course à l’Afrique » et des grands explorateurs. Sir Henry Morton Stanley, le célèbre explorateur britannique est le premier occidental à oser s’aventurer dans l’immense forêt de l’Ituri lors de sa dernière expédition en 1887. Elle avait pour but d’aller au secours d’Eduard Schnitzer dit Emin Pacha alors gouverneur de la province égyptienne d’Équatoria (aujourd’hui le Sud Soudan) qui était assiégée par des islamistes Mahadistes.

L’expédition fut l’une des plus importantes et des mieux équipées jamais organisées en Afrique. il faut dire que le programme était ambitieux : Le plan de l’expédition était de se rendre au Caire, puis à Zanzibar, puis de contourner l’Afrique par Le Cap, continuer en se rendant à l’embouchure du fleuve Congo, pour le remonter à l’aide de bateaux à vapeur. Le reste du parcours jusqu’au Soudan,devait se faire à pied à travers la profonde forêt d’Ituri alors inconnue des occidentaux.

Sans entrer dans les détails, l’expédition fut assez catastrophique même si elle atteignit Equatoria et Emin Pacha. La faim, les maladies, les attaques des pygmées M’buti firent qu’environ 4/5ème du millier d’hommes de la colonne désertèrent ou moururent durant la traversée de la forêt d’Ituri. Celle-ci dura plus de 6 mois au lieu des deux prévus. La forêt de l’Ituri y gagna le titre de « merveille de l’Afrique » mais aussi de « forêt la plus inhospitalière du monde ».

Lors de cette traversée, Stanley entendit parlé auprès des pygmées d’un animal inconnu des occidentaux qu’ils appelaient o’api. Stanley en parlera comme d’un âne proche du zèbre…

NB : Il est à noter, que l’expédition auraient été à l’origine d’une épidémie de fièvre du sommeil dans le bassin du Congo qui a fait plus d’un million de victimes. Elle aurait aussi été une source d’inspiration pour  Joseph Conrad lors de l’écriture du chef d’oeuvre « Au cœur des ténèbres«  (Heart of Darkness).

10 ans plus tard, alors que l’okapi est devenue un légende en occident, un autre explorateur Sir Harry Johnston (haut Commissaire de l’Ouganda) décide de partir à la recherche d’un spécimen complet dans l’espoir d’ajouter un nouveau membre à la liste des mammifères. Johnston organise une expédition en 1901 durant laquelle il se fera assister par les pygmées, seuls à même de l’aider à trouver l’animal. Malgré les difficultés rencontrées,  Johnston rapportera plusieurs peaux et un squelette complet en Angleterre. L’animal n’est pas un âne, pas un cheval, ni une sorte d’éland ou de zèbre mais une espèce de Giraffidé. La découverte est l’une des dernières d’un grand mammifère terrestre. (l’on s’entend…les pygmées connaissaient l’animal depuis des milliers d’années). Elle fit la Une de tous les journaux. Le zoologiste Philip Lutley Sclater qui se chargea de sa description donna à l’okapi le nom scientifique de okapis « johnstoni » en reconnaissance du travail effectué par Sir Harry Johnston.

Il faudra encore près de 10 ans pour capturer un okapi vivant. Cette fois se sont des américains qui dirigent l’expédition. En 1909, Herbert Lang et James Paul Chapin sont envoyés par le National Museum of Natural History de Washington dans la forêt du Congo dans le but d’étudier la faune et son environnement mais aussi pour rapporter aux Etats-Unis un ou plusieurs spécimens vivants. Malgré 5 années passées sur place et les talents de chasseurs des pygmées M’buti, les deux scientifiques échouèrent à capturer un okapi vivant….A l’exception d’un juvénile qui hélas mourut au bout de 10 jours par manque de lait maternel. La Première Guerre mondiale interrompit l’expédition. Lang et Chapin permirent néanmoins de mieux connaître l’animal et son territoire.

L’ air de répartition de l’Okapi se limite à la partie nord de la République Démocratique du Congo, de la frontière du Congo brazzaville à l’ouest, à celle de l’Ouganda à l’est. Sa partie Nord-Est est couverte par la forêt de l’Ituri, une forêt pluviale dense et montagneuse, la plus grande du continent Africain, près de 63.000km². Le sol ne voit jamais le jour, des arbres immenses de près de 50m de haut couvrant le soleil. L’humidité et la chaleur sont suffocantes, les insectes omniprésents. Les pluies sont très fréquentes rendant le sol marécageux et les rivières dangereuses. L’on comprend mieux les difficultés rencontrées par les explorateurs. La foret n’est habitée que par des pygmées Mbuti et Efe, ils sont environ 40.000, soit la plus grande population pygmée d’Afrique. La flore et la faune sont d’une diversité sans égale en Afrique. Entre autres : des éléphants des forêts, des bongos, des buffles, 13 espèces de primates dont des chimpanzés, des céphalophes, des léopards ainsi que plus de 300 espèces d’oiseaux dont le rare paon du Congo. Et un fantôme, l’Okapi.

L’okapi mesure environ 1,80 m au garrot et pèse au maximum 230 kg. Le mâle porte des ossicônes (deux petites cornes), ses oreilles sont larges et très mobiles. Sa langue préhensile est noire et mesure jusqu’à 50 cm de long. Elle lui permet de se nourrir du feuillage en  hauteur. Son pelage court d’un brun chocolat avec des zébrures noires et blanches sur l’arrière-train, lui donne un excellent camouflage. L’Okapi est solitaire, très craintif, diurne et peu actif. Sa vue, son odorat et son ouïe sont hyper développés.Sa population est réduite, entre 10.000 et 30.000 individus, soit moins d’un okapi au km². Tout cela explique sa découverte tardive.

Dès 1933, l’Okapi est protégé par la loi, mais il faudra attendre 1987 pour qu’un projet de conservation soit lancé (Okapi Conservation Project OCP) et 1992 pour voir la création de la Réserve de faune à Okapi (RFO). Cette réserve couvre 1/5 ème de la forêt de l’Ituri soit 14.000 km² (1,5 fois la Corse). Elle abrite environ 5000 Okapis. La réserve est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Au village d’Epulu,à l’entrée de la réserve, un centre de recherche a été créé pour étudier l’okapi. C’est la base de l’ensemble des opérations menées dans la réserve.ocpDepuis sa création la réserve connaît de nombreuses difficultés liées à la pauvreté et à l’instabilité du pays. Les guerres civiles, le braconnage, les groupes armés rebelles, la déforestation, l’exploitation minière pour l’or et le coltan, grignote la réserve et décime la faune en particulier les éléphants. La population d’Okapi, quant à elle aurait diminué de 50% durant les 15 dernières années. A plusieurs reprises les ONG et l’institut de la faune Congolais (ICCN), chargés de la conservation de la réserve, ont dû fuir ou réduire leur présence sur place. Le manque de moyens pour un parc si grand est patent.

Le 24 juin 2012, le summum de l’horreur est atteint. Le centre de recherche d’Epulu est attaqué par une cinquantaine de rebelles Maï-Maï du chef milicien Sadala Morgan. La station est mise à sac, sept personnes sont tués dont deux brûlées vives. Les femmes sont prises en otage et violées. Les 16 okapis vivant en semi-libertés dans le centre de recherche sont abattus.

Depuis la réserve de Faune à Okapi se remet tout doucement. Le centre a été rénové, les ONGs reviennent lentement, et les gardes forestiers tentent peu à peu de reprendre en mains la réserve en chassant les miliciens et les mineurs de la réserve. Le travail sera long et difficile, mais la première phase d’étude engagée cette année à montré que les Okapis sont toujours là, cachés dans les profondeurs de la très inhospitalière forêt de l’Ituri.

okapi-2016

Plus d’infos et protéger l’Okapi: 

  • OKAPI CONSERVATION PROJECT ICI
  • Wildlife Conservation Global ICI
  • GEOGRAPHIE (global atlas) ICI
  • UICN ICI
  • WCS ICI

NB : Le premier Okapi en captivité en Europe vécu au Zoo d’Anvers en 1918 mais ne survécut que 50 jours. Jusqu’en 1940, toutes les tentatives d’acclimatation de l’okapi en zoo furent des échecs hormis à Anvers où un individu vécut 15 ans à partir de 1928. Il fallu attendre 1957 pour observer la première naissance viable, au Zoo de Vincennes. Depuis les zoos d’Europe et des Etats Unis sont engagés dans un programme de protection et de reproduction qui est un succès. 175 okapis sont en captivités.  La dernière naissance à eu lieu le 2 octobre au Zoo de Bâle (Suisse) tout près de chez moi : Le bébé est difficilement observable (trop froid) dans le pavillon 1900 des antilopes, il est juste magnifique et s’appel Nuru.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. perdebytjie dit :

    What a fascinating animal…such a pity it is so rare!Thank you very much for this post.

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