Des chiffres et des bêtes

16/07/17

Un article un peu particulier qui fait suite à l’étude « Biological annihilation via the ongoing sixth mass extinction signaled by vertebrate population losses and declines » menée par Gerardo Ceballos, de l’université nationale autonome du Mexique et ses collègues de l’université de Stanford, Paul Ehrlich et Rodolfo Dirzob. Cette étude prolonge  un article du même Gerardo Ceballos de 2015  et d’autres parutions sur le même thème.

L’étude en question a fait la Une de tous les médias et pour cause. Elle annonce (une fois de plus) que la 6ème extinction de masse a débuté. Nous assisterions actuellement a l’annihilation des espèces animales, et la cause en serait l’Homme. Loin de moi l’idée de vouloir contredire les chiffres et les faits énoncés par cette étude (heu, si un peu quand même). Pourtant à la lecture des travaux de Gerardo Ceballos, j’ai quelques objections. 

UNE EXTINCTION DE MASSE ?

En paléontologie, une extinction de masse implique la disparition de 50 à 75% des espèces animales et végétales dans l’ensemble des milieux. (ça comprend les insectes, les plantes, les micro organismes, bref tout le vivant).

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Gerardo Ceballos cherche donc à comparer la dernière extinction de masse datant du Crétacé, à l’extinction d’espèces actuels.

Bon, tout d’abord il me semble difficile, même avec la meilleure volonté du monde, de pouvoir comparer quoi que ce soit aux précédentes extinctions de masse. La dernière remonte quand même à 65 millions d’années. C’est un concept paléontologique, l’on a très peu d’éléments, quelques fossiles et beaucoup de questions.

Pour la période actuelle, Gerardo Ceballos prend principalement les données de l’UICN sur 27.600 espèces de vertébrés et se focalise sur 177 d’entre elles pour résumer l’ensemble du monde du vivant. Cela aussi me semble bien léger. Je rappel que le nombre d’espèces sur terre avoisine les 1,8 millions, dont une grande majorité d’invertébrés.

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Gerardo Ceballos tente de prouver une accélération de la disparition des espèces depuis la révolution industrielle. La disparition des espèces faisant partie du cycle de la vie d’une espèce, il cherche à prouver un changement de rythme depuis 1900. Problème, la biologie et l’étude moderne des espèces ayant commencé lors de cette même révolution industrielle, il est logiquement impossible de trouver des données fiables sur le vivant antérieur à 1900. Par un savant calcul à base de données approximatives, il trouve une accélération. Admettons.

Le fait que l’on découvre encore aujourd’hui bien plus d’espèces animale et végétale que d’espèces considérées comme éteintes, n’est pas pris en compte.

L’étude de Gerardo Ceballos, constate que 32% des 27.600 espèces actuelles prisent en compte pour son étude sont en fort déclin. Un constat vrai et alarmant qui aurait pu suffire.

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Mais l’étude tend alors à considérer qu’une population d’un animal donné ne peut considérablement se réduire sans impliquer l’annihilation de son espèce à terme. Selon Gerardo Ceballos, ces pertes massives en termes de populations seraient « un prélude à la disparition de nombreuses espèces ».

Et ça désolé, mais je ne l’admets pas.

Loin de moi l’idée de penser que le monde du vivant se porte bien. Il est fort probable que depuis que l’homme du néolithique a commencé à développer l’agriculture et à transformer son environnement, la disparition des espèces s’est accélérée. Comme il est fort probable que depuis la révolution industrielle ce phénomène a fortement augmenté. Mais l’on est très, très loin d’une 6ème extinction de masse.

Il existe une différence énorme entre « extinction de masse » et « grave disparition locale ». En aucun cas il ne faut admettre que les jeux sont faits. les lions, éléphants, rhinocéros, comme tous les autres ne disparaîtront pas. Nous pouvons agir, et nous agissons déjà.

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Partout dans le monde, des hommes et des femmes se battent pour défendre les derniers représentants des espèces en danger.(Panda, baleine, lion, gorille, grenouille, tortue..ect…) Et ça marche ! Un nombre croissant de scientifiques considèrent que les efforts de conservation et de restauration menés en divers endroits du monde ont d’ores et déjà supprimé le risque d’extinction pour de nombreuses espèces animale.

Un autre problème de l’étude : Comparer les populations animales en 1900 à celles d’aujourd’hui. L’ Afrique comptait 100 millions d’habitants en 1900, aujourd’hui 1,2 milliard et probablement 4 milliards en 2100. Il est donc inimaginable que le nombre de lions ou d’éléphants soit le même hier, aujourd’hui et demain.

Lancer que la « première cause du déclin sont les territoires volés ou dégradés par l’Homme pour ses besoins » est non seulement une évidence mais aussi une mise en accusation injuste pour les pays émergents.

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Personnellement, j’en ai ras-le-bol de ces prophètes de l’apocalypse occidentaux qui font la leçon à l’Afrique. Pourquoi prendre toujours comme exemple : le lion, le gorille, le guépard et pas l’ours des Pyrénées ou le bison européen ?.  L’Afrique connait de très nombreuses difficultés : démographie galopante, pauvreté, malnutrition, dictature, groupe armés, maladies… L’on peut comprendre que la sauvegarde de la faune ne soit pas une priorité. Et je n’aborde même pas la responsabilité de l’occident dans tout cela. Mais la protection des animaux en Afrique ne se fera pas sans les Africains. Il serait préférable de les aider plutôt que de les monter du doigt.

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Le principal problème actuellement ne réside pas dans la disparition totale d’espèces mais dans le déclin local parfois vertigineux de populations d’animaux sauvages, qui affecte souvent des écosystèmes entiers. Envisager la question de la conservation uniquement sous l’angle du risque d’extinction est simpliste et généralement hors de propos. Pire, cela introduit une dimension émotionnelle qui fait paraître le problème incommensurable et écrasant alors qu’il est le plus souvent local et soluble.

«L’idée que nous nous dirigeons vers une extinction massive n’est pas seulement fausse, c’est une recette pour la panique et la paralysie.» Stewart Brand

Nous ne vivons pas une extinction de masse. Continuons la lutte.

BUD PUMBA

PS: désolé, c’est un peu fouillis, j’ai écris sous le coup de l’énervement.

 

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. On ne t’en veut pas d’être énervé Bud !
    Mais ça fait flipper quand même (pour les animaux, nous on ne récoltera que ce qu’on mérite…).

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  2. budpumba dit :

    ce qui m’énerve, c’est comment peut être reçu cette étude par le pauvre ranger de la Garamba qui risque sa vie pour 100 dollars pour sauver les éléphants ou le scientifique qui étudie les guépards sous 50° en Namibie. Ils se disent « A quoi bon » de toute façon c’est foutu. NON. L’on va gagner ce combat. Oui, l’Afrique comme le reste du monde change, c’est ainsi, l’on doit faire avec et nous battre pour protéger un maximum d’espaces et d’animaux sauvages. Rien est perdu, mon blog est la pour le montrer.

    Aimé par 1 personne

  3. Même un pays comme la Chine commencerait à prendre conscience, semble-t-il, que le commerce de l’ivoire, c’est plus tendance…
    https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/grands-mammiferes/chine-le-prix-de-l-ivoire-s-effondre-la-demande-s-affaiblit_111921
    Il y a encore une lueur d’espoir !

    J'aime

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