Focus : Gorongosa et Greg Carr au Mozambique

30/04/2016

Il existe des parcs Africains inconnus du grand public qui font fantasmer tous les amateurs exigeants de safaris. Leurs noms rappelle l’époque coloniale quand les voyages en Afrique s’apparentaient à des expéditions: Zakouma, Pendjari, Queen Elisabeth,Waza, Virunga, Minkebé, Hangwe, Loango…Situés dans des pays instables, éloignés du tourisme de masse, immenses, vierges, sauvages, mais fragiles, ils sont les derniers joyaux bruts du continent africain. Le parc de Gorongosa au Mozambique est de ceux la.

Dans la langue Mwani, Gorongosa signifie « lieu de danger »,tout un programme. Il faut dire  que le parc a eu mille vies et a vécu bien des drames.  Tout d’abord Réserve de chasse à partir de 1920, la zone est agrandie (5370km², la surface de la Seine et Marne) et classée parc national en 1960 durant la colonisation portugaise. Un lodge (le camp Chitengo) y est bâti. Il devient un lieu de villégiature pour les stars d’Hollywood comme John Wayne ou Gregory Peck. C’est la grande époque pour Gorongosa. Il rivalisait par sa densité faunique avec les parcs du Kenya et de la Tanzanie. D’immenses troupeaux d’éléphants (+ de 5000), 500 lions, des rhinocéros,des buffles, des léopards, parcourent les vastes étendues du parc. Du mont Gorongosa culminant à 1863m, au lac Urema au centre, en passant par une plaine de savane et des forêts d’acacias, les paysages sont d’une diversité sans pareil. Le tout faisait de Gorongosa, dans les années 60, l’un des parcs les plus beaux et les plus célèbres du continent, l’on disait qu’ ici, l’arche de Noé s’était échouée….

Le Mozambique obtient finalement sont indépendance en 1976. Malheureusement, moins d’un an plus tard, une guerre civile meurtrière débute. Elle durera 16 longues années et fera plus d’1 million de victimes. Le parc devient involontairement l’épicentre du conflit en devenant la cachette des rebelles de Rhodésie (RENAMO). La faune est décimée, 90% des grands mammifères sont tués.

La paix est finalement conclue en 1992, le pays sort de la guerre exsangue, il est le plus pauvre du continent. Malgré la paix, l’abattage des animaux du parc se poursuit, pour la viande de brousse et le trafic d’ivoire.

En 2004, le philanthrope américain Greg Carr, devenu milliardaire dans la Silicone Valley, cherche une cause pour laquelle s’engager. Il se dirige vers le pays le plus pauvre d’Afrique, le Mozambique, et découvre le parc national de Gorongosa, vide. Il y voit tout le potentiel touristique, écologique et humain. Après 4 ans de négociation, il obtient la gestion du parc pour 20 ans, conjointement avec le gouvernement du Mozambique, à condition d’injecter de grandes sommes d’argent chaque année . le projet de réhabilitation du parc est lancé.

Le travail est énorme. Le nombre de buffles dans le parc est passé de 13.000 à seulement 15; les gnous étaient plus de 6000, il n’en reste qu’un ; 44 hippopotames sur les 3000; 12 zèbres sur les 3300. Les éléphants symbole du parc ne sont plus que 300 et il reste moins de soixante lions sur les 500. Les hyènes, les rhinocéros noirs comme les blancs, les lycaons, les guépards, les léopards, eux ont complètement disparu.

Greg Carr se lance à corps perdu et dépense sans compter : création d’un lodge  (Girassol Gorongosa Lodge), embauche de nombreux gardes, recensement des espèces et des populations, délimitation du parc, lancement de sa fondation, création d’un site Internet ici, plantation de 3 millions d’arbres, mise en place d’études sur les lions et les éléphants, création d’un centre de recherche, agrandissement avec l’ajout du mont Gorongoza…. Mais surtout, pour sauver les espèces qui ont le plus souffert, il importe du parc Kruger et de Limpopo des buffles, des zèbres, des gnous, des élans, des éléphants, diverses antilopes et même des guépards pour redynamiser les populations encore en place. 40.millions de dollars et 10 ans de travail plus tard, le parc retrouve de sa superbe.

Plus de 70.000 herbivores parcours a nouveau Gorongosa, la population d’éléphants et de lions augmentent doucement. Pour gérer le parc, greg travail avec les meilleurs : Joyce Poole (Elephant reseach  ICI), Paola Bouley (Gorongosa lion Project ICI), E.O. Wilson (Biodiversity fondation ICI ) et aussi  400 employés locaux.

La réhabilitation va bien plus loin que les limites du parc, la philosophie et les actions du projet sont basées sur le concept des « 4C »: commerce, conservation, communauté et culture dont j’ai déjà parlé ICI. Greg et son équipe passe plus de temps dans les communautés avoisinantes que dans le parc lui même. Création d’écoles, de cliniques, de puits, explication du projet, développement de l’agriculture en particulier le café… L’objectif est de développer l’économie de la région pour que les communautés s’approprient le parc et en prennent soin. Le tourisme doit apporter à terme suffisamment de devises pour la gestion du parc, mais pour le moment il ne représente que 1% des revenus.

La renaissance du parc de Gorongosa est un cas unique en Afrique. Tous les projets de Greg Carr pour le parc ne sont pas des succès  (la réintroduction des guépards a par exemple été un échec), mais ses tentatives aideront à terme à réhabiliter d’autres parcs en Afrique. Le chemin est encore long, le pays est encore instable, de nombreuses espèces sont manquantes ou en trop faible nombre, le braconnage subsiste. Il est bien plus facile de protéger un écosystème que de le recréer.

Pour en savoir plus sur le parc, je vous invite à regarder la série de documentaires réaliser par Bob Poole « Gorongosa Park: Rebirth of Paradise» ou les films documentaires de la National Geographic  » Lost Eden » et « Wild Kingdom Reborn ».

Pour aider Gorongosa vous pouvez participer en aidant à classer les centaines de milliers de photos prises par les appareils automatiques disséminés dans le parc. Il suffit d’identifier les animaux ICI, c’est l’operation Wildcam Gorongosa.

Enfin vous pouvez visiter le Mozambique, pays magnifique avec des plages de rêves, et de beaux parcs nationaux. Pour visiter Gorongosa : ici  et ici

Sources multiples dont The Independent UK ICI et Gorongosa.org

excellent article très détaillé ici du non moins excellent magazine Sierra Magazine

 

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