A quelques zébrures près…

20/08/16

J’ai récemment parlé des « mutants de la savane », créés par sélection pour la chasse sportive ICI. Mais il existe un cas à part, une création scientifique ayant un but plus noble que la chasse. Je vais vous raconter la drôle d’histoire du quagga.

Le quagga (Equus quagga quagga) était une sous-espèce de zèbre vivant dans le sud de l’Afrique du Sud (AFS) ayant disparue au 19ème siecle. Il avait des rayures uniquement sur sa tête et la moitié avant de son corps, ses jambes étaient blanches et son corps était marron clair. Il vivait en groupes familiaux d’une vingtaine d’individus accompagné par un étalon, tout comme le zèbre des plaines. Plusieurs milliers de quaggas effectuaient une grande migration saisonnière dans les plaines arides du désert du Karoo (le tiers Sud Ouest de l’AFS) au côté des springboks et des gnous noirs.

extinct-zebrasPeinture d’un étalon quagga par Nicolas Marechal en 1793

Mais la colonisation de la région du Cap a tout changé. L’agriculture côtière puis l’expansion des fermes coloniales vers les plateaux intérieurs du pays ont empêché peu a peu la migration saisonnière des animaux sauvages. Partout les terres étaient clôturées pour les bovins et les moutons, rendant difficile la survie des malheureux quaggas. Considérés comme des nuisibles car en concurrence avec le bétail pour le pâturage, ils étaient chassés en masse comme trophée ou pour leur viande. En 1860 il ne restait déjà plus qu’une petite population au nord de son aire de répartition près de la rivière Vaal. La sécheresse de 1870 acheva définitivement l’espèce.

Le quagga ne fut pas le seul à disparaître dans cette région, le Bluebuck (Hippotragus leucophaeus) avait déjà disparu 60 ans plus tôt pour les mêmes raisons. Le gnou noir (Connochaetes gnou) comme le Bontebok (Damaliscus pygargus) ont été proches de connaître le même sort.

Le dernier quagga est mort en 1883 au zoo d’Artis à Amsterdam. Aujourd’hui il ne reste qu’une seule photographie d’un quagga vivant, 23 bêtes naturalisés et quelques ossements dans différents musées à travers le monde. L’on peut voir d’ailleurs un rare spécimen naturalisé à Paris, à la Grande galerie de l’évolution dans la salle hélas trop sombre des « Animaux menacés ou disparus« . L’histoire du quagga aurait pu s’arrêter là…

image
Quagga de Paris à la Grande galerie de l’Evolution

Mais en 1969, Reinhold Rau,  un spécialiste d’histoire naturelle Sud-Africain d’origine Allemande découvre sur un jeune quagga naturalisé du musée Histoire naturelle d’Afrique du Sud des tissus permettant une étude ADN. Les résultats montrent une forte proximité génétique entre le quagga et le zèbre des plaines (Equus burchellii). L’hypothèse est alors émise que les informations génétiques du quagga existent encore dans l’ADN des populations de zèbres des plaines actuels. Le « Quagga Project » est lancé en 1987 pour recréer le quagga par sélection à partir des zèbres des plaines. La méthode utilisée rappelle celle des frères Heck pour la re-création de l’Aurochs en Europe.

Aujourd’hui, nous en sommes à la 5ème générations, en tout 116 zèbres font partie du programme dans plusieurs réserves et ranchs proche du Cap. Six zèbres de la 4ème et 5ème génération sont considérés comme similaires physiquement au quagga. Pour éviter toute polémique les scientifiques du Quagga Project ont nommé leurs résultats « quaggas Rau » en hommage à Reinhold Rau, mort en 2006.

36 - C2006 by Annalisa Losacco large
quaggas de Rau en 2016 (4ème génération)

Les critiques ont été nombreuses dès le début du projet. Certains biologistes y voient une opération marketing ou une interférence inutile avec la nature. D’autres experts critiquent la méthode utilisée, le résultat obtenu ou s’étonnent que le projet soit financé par des organisations de chasse sportive…

Il faut bien l’admettre, sans être un expert, et même si l’on voit que les rayures diminuent, la couleur marron de la robe du quagga original est encore loin d’être obtenue. De plus, même si le quagga Rau était en tout point similaire physiquement au quagga original (ce qui est loin d’être le cas actuellement) c’est oublier beaucoup d’autres caractéristiques du quagga en particulier son adaptation à un milieu aujourd’hui disparu : les immenses plaines arides du Karoo.

L’on peut saluer la volonté de réparer une erreur de l’histoire. Pour autant, selon moi, ce n’est pas un quagga que ce projet a créé, mais un zèbre sans rayures. Cette histoire montre à quel point il est impossible de revenir en arrière après l’extinction d’une espèce et qu’il est nécessaire de tout mettre en oeuvre pour ne plus en perdre aucune. Il faut faire vite, selon les experts la prochaine extinction de masse (la 6ème) a déjà débuté. ICI.

Pour observer un Quagga Rau vous pouvez aller par exemple à la Reserve de Mokala et loger au Mosu Lodge ou dans la Bontebok Ridge Reserve.

zebre et quagga rau
A gauche deux zèbres, et à droite deux quaggas Rau

Plus d’informations : 

  • Le quagga project : ICI

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Super intéressant, je ne connaissais pas cette espèce, ni ce projet… et j’en suis très septique…
    Déjà, je ne vois pas vraiment l’intérêt de faire ça, comme tu l’as dit cela donne un « zèbre sans rayure ». Même si qq individus ont le physique du Quagga, l’animal portera toujours des gènes de zèbres, et à l’état sauvage des caractéristiques du zèbre risquent de revenir au détriment de ceux du Quagga.
    Refaire du Quagga à partir de zèbre ne donner pas du Quagga. Ce ne sera pas du 100% Quagga !

    La question de faire renaître des animaux disparus est complètement absurdes selon moi (mais je ne suis pas scientifique), et avait déjà été évoquée il y a qq tps au sujet du Mammouth ! Une autre superbe histoire de savant fou… (et j’adore le premier Jurassic Park ! 🙂 )

    Au passage, le Quagga originel est original et a un certain charme, j’aime bien !

    Aimé par 1 personne

  2. budpumba dit :

    C’est marrant que tu parles de Jurassic Park car Reinhold Rau aurait inspiré le film et servi de model pour le personnage de John Hammond (les deux se ressemblent trait pour trait). Concernant l’ADN : ils ont quasiment le même, le zèbre est un quagga et vis versa. Ils sont très proches et le classement du quagga en espèce ou en sous espèce fait encore débats. Le problème pour le quagga, comme pour le mammouth, se sont des espèces inféodées à des biotopes qui n’existent plus. La mémoire de l’espèce : son comportement, sa migration, son interaction avec les autres animaux, tout cela a disparu. Pourtant je ne suis pas contre ce projet car sans cela c’est de notre mémoire que le quagga aurait disparu. 200.000ans d’histoire du quagga dans le Karoo ne se rattrape pas en 5 générations.

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