Nom de guerre et guerre des noms

02/10/17

Sanparks (l’organisme chargé de la gestion des parcs nationaux Sud Africain) a annoncé sur son forum et sur Facebook, le 15 septembre 2017, le décès d’un des plus grands Tuskers du parc national Kruger. Son nom :  Masthulele. 

  • Un « Great tursker » (ou Big Tusker) est un éléphant portant des défenses ayant un poids supérieur à 45 kg chacune. Ils ne seraient plus qu’une cinquantaine sur tout le continent Africain actuellement. 

Masthulele est mort à un âge avancé, probablement 49 ou 50 ans, à priori de cause naturel. Il avait disparu de sa zone habituelle (Lebata) en janvier 2016 et ce n’est que douze mois plus tard que Sanparks a découvert une carcasse pouvant correspondre à sa dépouille. Il aura fallu une longue expertise pour que Sanparks confirme la triste nouvelle, Masthulele est décédé.

Masthulele était un éléphant mâle discret. Il n’a été découvert qu’en 2004 lors d’un recensement aérien. Les observations de ce géant étaient rares, ses photos faisaient toujours le bonheur des amateurs comme moi sur le forum de Sanparks. Ses défenses ont été retrouvées sur sa dépouille, leurs dimensions son impressionnantes : pour celle de gauche 51kg et 234 cm de longueur et pour celle de droite 54kg et 245cm de longueur.

Son nom, Masthulele, se traduit par « le Calme » en Tsonga (peuple du nord du Transvaal). Il lui a été donné en hommage au Dr Ian J Whyte dont c’était le surnom. Ce célèbre conservateur Sud Africain, aujourd’hui à la retraite, œuvra de longues années à l’étude des lions, des buffles et des éléphants dans le parc national Kruger. C’est lui qui avait découvert Masthulele lors du recensement des éléphants effectué en 2004. 

Mashthulele
RIP Masthulele photo par Jenny Bell

Masthulele fait à présent parti de la prestigieuse liste des Great Tuskers du parc national Kruger ayant rendu leur dernier souffle. Cette liste d’éléphants avait débuté dans les années 80′ avec les « 7 magnifiques » (Dzombo, Joao, Kambaku, Shingwedzi, Shawu, Ndlulamithi). Ils avaient été nommé par le directeur du parc de l’époque, le Dr Uys de Villiers Pienaar et popularisé par le célèbre conservateur, le Dr Anthony Hall-Martin.

the magnificent seven

Puis vint le temps des Great Tuskers des années 90- 2000 Mac, Duke, Mabarule, Alexander, Hlanganini, Mandleve…

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Duke, il était magnifique.  photo de Johan Marais

Aujourd’hui d’autres Grands Noms parcourent le parc national Kruger…

Mais Avant de parler d’eux, il est nécessaire que j’aborde le sujet du « naming » c’est à dire le fait de donner un nom humain à un animal sauvage. Ce sujet fait débat dans le milieu de la conservation depuis quelques temps déjà.

Un peu d’histoire. Il faut revenir aux années 50′ pour voir les premiers animaux sauvages nommés dans le domaine de la protection animale. Et c’est le père de la conservation en Afrique qui en est l’initiateur : George Adamson.

Avec son épouse Joy, ils popularisèrent par leurs documentaires et leurs livres la vie de Elsa la lionne puis de Christian le lion qu’ils avaient adopté avant de leur rendre leur liberté. Les aventures de Elsa et de Christian eurent un impact international; cela permit une prise de conscience générale du drame qui se jouait au Kenya avec la crise du braconnage et cela fit beaucoup pour la conservation de la faune et la protection des parcs africains.

Elsas-Kopje-adamson.jpg
Elsa et George Adamson

Je ne peux pas aborder le sujet du « naming » sans parler rapidement de « Digit » le gorille favori de Dian Fossey; Probablement l’animal sauvage le plus célèbre d’Afrique. La vie puis les décès tragique de Digit et de Dian Fossey eurent un retentissement mondial. Les articles, livres, documentaires, films permirent de sauver les gorilles des montagnes de la disparition.

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Dian Fossey et Digit le gorille photo par Gorilla Fund International

Aujourd’hui, le « naming » est partout. Les ONG, les documentaristes, les rangers, les chercheurs, les parcs, les lodges baptisent de très nombreux animaux sauvages en Afrique quelque soit l’espèce. Ils ont chacun de bonnes raisons  : Classer les animaux, les mettre en avant, se faire connaitre, raconter une histoire, les populariser mais surtout cela permet de recevoir plus de dons. Car nommer un animal permet de créer du lien, de faciliter l’attachement, de provoquer de l’intérêt, bref humaniser l’animal.

Le retentissement de la mort de Cecil le lion l’année dernière prouve à quel point le « naming » apporte actuellement, grâce notamment aux réseaux sociaux, de la visibilité à la faune sauvage et permet sa protection.

Cecil-the-Lion

Pourtant malgré les avantages évident du « naming« , certains conservateurs sont contre.

  • ils arguent que le fait d’avoir un nom est un attribut des animaux domestiques et que seuls les zoos, les cirques et les chasseurs donnent des noms à des animaux « sauvages ».
  • Ils considèrent que cela provoque de la distorsion dans la protection des animaux. L’on protégerait plus les animaux célèbres au détriment des autres.
  • Ils arguent que protéger un animal particulier ne rend pas le même service à la faune que protéger un lieu ou une espèce.
  • Selon eux, l’anthropomorphisme banalise l’animal, rendant la faune sauvage moins sauvage, et tendrait à attribuer à tord des pensées ou des sentiments humains aux animaux.
  • Ils considèrent aussi que cela met sur un pied d’égalité homme et animal, risquant de voir la conservation ou les touristes prendre parti pour les animaux contre les populations locales.
  • Et enfin ils se demandent qui peut s’arroger le droit de nommer un animal sauvage…

C’est sur ce dernier point que je vais revenir au Parc National Kruger et à aux « Great Tuskers » .

Depuis 2010 Sanparks n’avait plus nommé d’éléphant. Mais sur son forum l’on pouvait néanmoins faire identifier les grands Tuskers observés grâce au travail d’un particulier passionné, Aat Vuik. Ce dernier, depuis 2006 classe et répertorie les éléphants porteur de grandes défenses au Kruger. Il le faisait sur le forum de Sanparks et sur son excellent site internet Tuskersofafrica. Au seing du forum de Sanparks, il permettait aux touristes qui postaient leurs photos de connaitre le nom des éléphants qu’il avaient croisé et de connaitre un peu de leur histoire. Avec les années, Aat Vuik se mit à nommer les Tuskers nouvellement découverts dans le parc.

Jusqu’à l’année dernière ou Sanparks a décidé de reprendre en main le « naming » des éléphants du parc Kruger. Aat, malgré son travail et son dévouement pendant tant années sur le forum de Sanparks est prié d’aller voir ailleurs. (On le trouve à présent sur le forum Africa Wild).

Et c’est ainsi qu’aujourd’hui, douze des plus grands Tuskers du parc national Kruger ont deux noms…Celui donné par Aat Vuik et celui donné par Sanparks…

Bref ,pour vous renseigner sur les Tuskers du Kruger actuels vous avez le choix c’est ICI ou ICI.  Actuellement, le parc national Kruger abrite environ 17.000 éléphants dont une centaine ayant des défenses importantes (potential tuskers) et une vingtaine méritant le titre de « Big Tusker ».

mandzemba
XINDZULUNDZULU (Sanparks) = MANDZEMBA (www.tuskersofafrica)  photo par wings2tusks

Je suis favorable au « Naming » des animaux sauvages. Je suis toujours heureux de lire de nouvelles informations sur Tim l’éléphant, Mercury l’antilope Sable, Ponso le chimpanzé, Foxtrot le lycaon, ect…. Mais évitons à l’avenir par pitié ce genre de guéguerres stériles qui n’apporte rien à la faune sauvage. (c’est loin d’être le seul cas, je vous parlerai une autres fois du bordel dans les noms des léopards au Mara…grrr).

Souhaitons qu’un jour l’on n’ait plus l’utilité de nommer les animaux sauvages car  “Rien ne devrait recevoir un nom, de peur que ce nom même ne le transforme.”  Virginia Woolf.

BUD PUMBA

SOURCES :

Pour voir de belles photos de Masthulele encore vivant, je vous invite à aller jeter un œil sur les photos de mon collègue WordPress Sud Africain Dries, sur son excellentissime blog De Wets WildICI

7 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. audricbx dit :

    Super article 🙂 j’ai découvert par cette occasion les Tuskers ! Ils sont vraiment beaux et majestueux ! Un jouer j’essayerai de venir sur le continent africain pour prendre quelques photos 🙂

    Et cette citation pour clore ton sujet … juste parfaite

    Aimé par 1 personne

    1. budpumba dit :

      Je te le souhaite ! tu as beaucoup de talent en photo et l’Afrique est la Mecque pour cela. Tu tomberas sous le charme, c’est sûr. Merci pour ton gentil commentaire ça fait plaisir !!

      Aimé par 1 personne

      1. audricbx dit :

        J’ai surtout encore beaucoup à apprendre 😉
        Oui, la grande faune sauvage d’Afrique en a fait rêver plus d’un étant gamin ! Je ne sais pas ce que la vie me réserve et si j’aurais l’occasion d’y aller. Je l’espère et en attendant, je profite de ton blog pour découvrir aussi des coins et des choses géniales !
        Si un jour le voyage se profil à l’horizon, je ne manquerai pas de venir vers toi pour quelques petits conseils 😉

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  2. de Wets Wild dit :

    We were lucky to have seen Masthulele on several occasions. Sad to know he’s no longer roaming his former haunts.

    Aimé par 1 personne

    1. budpumba dit :

      I saw your pictures of Masthulele! beautiful big boy! I would like to put a link to your article. You agree ?

      Aimé par 1 personne

      1. de Wets Wild dit :

        You are most welcome – thank you!

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  3. Ils sont pas très subtiles chez SANParks. Quel intérêt, effectivement, de renommer des éléphants qui portent déjà un nom ? Mais franchement, qui va retenir un nom tel que Xindzulundzulu…?! Pas moi.
    Tu connais mon avis Bud, je suis pour les noms, à condition évidemment qu’ils ne soient pas des sobriquets ou des surnoms ridicules. Je considère dégradant pour les animaux sauvages d’être baptisés d’un numéro ou d’un code de chiffres et de lettres comme une marchandise dans un rayon de supermarché.
    Je crois me souvenir que je l’ai déjà dit, mais je vais le redire encore : les animaux sauvages sont souvent plus « humains » que les humains. Ils méritent notre respect. Leur attribuer un nom, parfois en lien avec leur personnalité ou leur histoire, afin de les étudier et les protéger est légitime et n’en fait pas pour autant des animaux domestiques.

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