La Pendjari : A l’Ouest, du nouveau !

01/06/17

Juste quand je commençais à ne plus y croire.

Voila 6 mois que l’on attendait le communiqué de l’ONG African Parks (AP) confirmant sa prise en mains du parc national de la Pendjari au Bénin. Cet fois c’est signé, la Pendjari devient le 11ème parc géré par cette organisation Sud Africaine de grande réputation.

Quelques détails de l’accord ont été présentés : C’est un partenariat public-privé d’une durée de 10 ans renouvelable et pour un montant d’investissement de 26 millions de dollars. C’est une durée courte pour AP plutôt habitué à signer des engagements sur 25 ans, mais le montant est quant à lui très honorable.  La somme est financée pour 6 millions par l’état béninois et pour 20 millions par AP principalement grâce au don colossal de la fondation WYSS.

Les projets d’AP ainsi que les objectifs sur la décennie sont énormes. En premier lieu, peter fearnhead, le patron d’AP, souhaite en l’espace de 10 ans doubler le nombre d’animaux sauvages dans le parc. Pour cela, de nombreuses démarches de protection, de sécurisation et d’aménagement seront lancées rapidement. Entre autres, il est prévu de recruter 10 officiers et sous-officiers, de former quatre-vingt-dix gardes, ainsi que de mettre en place un réseau de communication et de géolocalisation couvrant l’intégralité du parc. Enfin, une clôture de 190 km de long sera installée, 3 postes de gardes et trois aérodromes seront créés et 150 km de pistes seront ajoutées à celles existantes. Tout cela est fait, bien évidement, pour réduire au maximum la pression du braconnage qui a considérablement réduit la densité faunique du parc dans les années 1990/2000.

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éléphants Pendjari
Concernant la faune justement, et comme à son habitude, AP va lancer de vastes études sur les espèces phares du parc. En particulier les éléphants, les lions et les guépards dont les effectifs, et les mœurs sont méconnus.

L’on pouvait peut-être espérer plus que des études de terrain et l’annonce d’un doublement de la faune du parc. En effet, suite aux dernières opérations menées par AP à Akagera au Rwanda ou au Malawi, je rêvais pour la Pendjari, d’un retour des rhinocéros noirs en Afrique de l’Ouest ou, plus réaliste, d’une réintroduction des girafes peralta disparues il y a bien longtemps du pays (les 660 dernières girafes de cette sous espèces vivent non loin, au Niger, dans la région de Dosso). Mais rien de tel pour le moment, la durée restreinte de cette co-gestion et la situation actuelle du parc ne le permettent probablement pas.

Pour ce qui est du tourisme qui stagnait depuis de longues années à environ 6000 personnes/an, AP souhaite passer rapidement à 9000 touristes/an. Pour cela, AP prendra en charge et rénovera l’hôtel et le lodge déjà existants. Cet objectif semble très raisonnable, voir un peu faiblard au regard du succès obtenu en moins de 10 ans dans le parc d’Akagera au Rwanda avec près de 36.000 touristes l’année dernière.

Pour les communautés locales, près de 400 emplois directs seront créés avec la formation de gardes et de professionnels du tourisme, tels que les guides, le personnel d’accueil et les chauffeurs. Des retombées sont également attendues sur l’artisanat local, les commerces et les marchés des environs. Les communautés locales, nombreuses autour du parc feront parties intégrantes du projet.

La revitalisation du Parc National de la Pendjari et sa co-gestion avec African Parks est un des 45 projets phares du programme d’investissement « Bénin Révélé » lancé en décembre 2016 par la Présidence du Bénin. Enfin, du nouveau à l’Ouest….

L’info en plus : Pourquoi le sauvetage de la Pendjari est si important pour l’Afrique de l’Ouest :

Le parc créé en 1961 a une surface de 4800km², il est localisé au Nord-Ouest de la République du Bénin. Il est accessible par la longue route de 650 Km, bien carrossée, partant de Cotonou, la capitale économique du pays.

le Parc National de la Pendjari forme avec les zones cynégétiques (zones de chasse et tampon) de la Pendjari et de l’Atacora, la Réserve de Biosphère de la Pendjari (RBP). C’est un ensemble représentatif et quasi complet des paysages comme de la faune sauvage des savanes d’Afrique de l’Ouest.

Cet ensemble fait lui-même parti de l’immense complexe transfrontalier appelé WAP ( parc W– réserve d’Arly- et parc de la Pendjari) s’étalant sur les frontières entre le Benin, le Niger et le Burkina-Faso. Ce complexe est le plus vaste espace sauvage d »Afrique de l’Ouest, il atteint une superficie totale d’environ 50 000 km² . L’UNESCO a classé la partie du parc W au Niger au patrimoine mondial quant à la réserve d’Arly au Burkina Faso, elle est classée site Ramsar pour l’importance de ses zones humides. La prise en mains d’African Park sur une partie de ce méga-ensemble est donc logique.

CARTE DE LA PENDJARI ET DU COMPLEXE WAP.jpg

Le parc de la Pendjari est la partie la plus touristique du complexe WAP, elle est aussi la plus facilement accessible et la mieux aménagée. la riviere Pendjari, traverse le parc sur plus de 200km; C’est la seule rivière permanente.

La Pendjari connaît comme beaucoup de parcs africains de grosses difficultés : Braconnage, pâturage illégal, feux de brousse, avancée du front agricole, variabilités et changements climatiques, augmentation de la population, coupe des arbres pour la fabrication de charbon, irrigation illégale pour le coton….. A cela se rajoute un manque de formations du personnel de sécurité, de faibles moyens d’accueil, et une corruption importante des autorités. Bref, l’Arrivée d’AP sera de tout évidence d’un grand secours pour la faune et le parc en général.

Malgré tout cela, le parc national de la Pendjari reste aujourd’hui le plus beau et le plus important parc faunique d’Afrique de l’ouest.

La faune du parc comprend une importante population d’antilopes dont le Bubale (Alcelaphus buselaphus), l’Hippotrague (Hippotragus niger), le Cobe de Buffon et le cob Deffassa, des guibs harnachés (Tragelaphus scriptus), des céphalophes de Grimm (Sylvicapra grimmia) et des céphalophes à flanc roux (Cephalophus rufilatus), des Redunca, des Ourebi ainsi que de rares Damalisques (Damaliscus lunatus).

L’on y trouve une belle population de buffles equinoxials (plus petits que le Buffle Caffer Est Africain), une importante population de crocodiles, de nombreux phacochères, singes vervets, patas et babouins.

L’on peut aussi y observer des espèces rares et en danger en Afrique de l’Ouest tel que des éléphants (Loxodonta africana), quelques très rares Guépards (Acinonyx jubatus), des hippopotames (Hippopotamus amphibius), des hyènes tachetées (Crocuta crocuta), et la dernière population viable de lions d’Afrique de l’Ouest (Panthera leo). La situation des léopards comme des lycaons n’est pas clair, dans tous les cas aucune observation n’a été faite depuis plusieurs années, mais si ils sont toujours présents AP les trouvera.

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rare photo d’une famille de guépards à la Pendjari (photo par Pendjari Lodge)

Outre la faune, et pour finir, le parc est célèbre pour la diversité des paysages : mares, forêts, brousse, collines, le spectacle est partout. Les sauts dans la cascade de Tanougou et la pêche traditionnelle à la mare Bori dans la périphérie du parc sont aussi d’importants spectacles touristiques.

Vous l’avez compris, African parks s’engage pour un parc capital en l’Afrique l’Ouest. Espérons que la Pendjari rencontre à l’avenir le même succès touristique que les parcs d’Afrique de l’Est. Pour la faune d’Afrique de l’Ouest c’est probablement la dernière occasion d’avoir enfin un bastion sauvage empêchant à terme sa complète disparition.

L’avenir de la Pendjari est plein de promesse.
Bud Pumba
Communiqué d’African Parks : ICI

4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. C’est une grande joie pour moi également. J’ai eu l’opportunité de voir ce que le parc était avant. J’espère beaucoup que AP changera cette image très vite!

    Aimé par 1 personne

    1. budpumba dit :

      African Parks n’a connu que de rares échecs (en Ethiopie et au Soudan) pour le reste rien que des succès ! tout va changer, en énormément mieux pour la Pendjari mais le temps de la nature est un temps long, Plus que de l’espoir, à présent il faudra de la patience. Une grosse envie de venir au Benin moi !!!!

      Aimé par 1 personne

  2. PEDRO FATAHOU dit :

    Pour le riiverain de la Pendjari et acteur du parc que je suis ,me réfférant à ce que je viens de lire et ce que je voie sur le terrain présentement je suis convaincu que AP peu amméliorer la notorioritée de la destination.
    Je souhaite è toute l’équipe du courrage

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